...Baby-sitters communistes

Publié le par Classe de 1ère L du LFH

                                                                        Julie depardieu au Festival

Dans « la faute à Fidel », Anna, neuf ans, vit jour après jour dans le monde protégé de son enfance, entre son école privée, sa maison et ses grands parents, jusqu’à la mort de son oncle. L’arrivée d’une cousine espagnole marque le début d’évènements incompréhensibles pour elle. Entraînée dans un tourbillon de changements, la fillette voit son monde d’ordre et d’habitude se bouleverser autour d’elle. L’engagement de ses parents pour le communisme, la lutte « pro avortement » de sa mère introduisent dans l’appartement _ la grande maison ayant été cédée _ des hommes et des femmes étranges. Les barbudos envahissent leur famille, sans menacer aucunement l’enfant qui assiste, curieuse…à une dînette communiste. Des voyages au Chili, de nouvelles connaissances, vont profondément transformer ses parents. Tout cela n’a aucune importance directe pour Anna au premier abord mais tout doucement ces changements vont se faire plus intenses avec le déménagement, la valse perpétuelle des nounous, l’appartement plus petit et la ronde de nouveaux visages.

Des tensions surgissent alors, lorsque le choix de Marie et Fernand, les parents, s’avère incompatible avec la vie qu’ils menaient « avant ». Obstinée, Anna obtient la permission de poursuivre sa scolarité à l’école privée Sainte Thérèse ; mais elle choque et angoisse ses grands-parents de Bordeaux en leur apprenant que ses parents l’ont retirée du catéchisme. Parallèlement les évènements politiques s’accélèrent, et le soir de la victoire d’Allende aux élections présidentielles chiliennes, la joie des barbudos dans l’appartement séduit même Anna, devenue leur mascotta.

Peu après, celle-ci demande à ses parents de changer d’école ; et abandonne l’uniforme et Ste Thérèse pour intégrer une école primaire laïque au grand soulagement de ses parents. Le coup d’état supplantant Allende quelques années plus tard ne passe pas inaperçu aux yeux de l’enfant maintenant grandie. Sensible à la détresse de son père, Anna saisit la signification de l’écroulement en quelques minutes de plusieurs années de rêves et de lutte, de sacrifices et d’idéaux.

Mais le monde des adultes reste le monde des adultes. Communisme ou pas communisme, Anna poursuit sa vie de petite écolière française et ne dédaigne pas les rondes enfantines dans la cour de récréation.

La fraîcheur de ce dernier plan est à l’image du film de Julie Gavras: un monde caché adulte se répercutant sur l’enfance. Le choix d’un regard enfantin sur des évènements politiques « de grands »  constitue l’essentiel de ce film, et permet certaines remarques ou prises de conscience parfois percutantes. On notera l’extraordinaire performance de la petite Nina Kervel aux côtés de Julie Depardieu (Marie, la mère) et de Martine Chevallier (Bonne-Maman). Il est particulièrement intéressant dans ce film de voir se superposer la vie quotidienne ordinaire d’une famille de quatre avec des évènements politiques de l’Histoire. Certains passages sont très bien sentis, principalement dans la seconde moitié du film. L’humour est également très présent tout au long de cette histoire, résultant souvent du heurt entre monde petit bourgeois et apprentis communistes. Des décalages parfois hilarants naissent également de la confrontation entre une famille très « libre » et d’autres plus guindées. (« J’parie que tu sais même pas comment on fait les bébés ! »)

François, le petit frère, est touchant en bambin de quatre ans et apporte une touche de fraîcheur supplémentaire à l’histoire. On apprécie enfin une excellente bande sonore, et la récurrence d’une petite musique symbolisant l’enfance d’Anna et François.

L’adoption de ce point de vue enfantin coince cependant parfois. On reste dubitatif devant certaines répliques lourdes de sens et bien entendu vecteur du film de la petite Anna. L’effort et l’obstination de ses parents de ses parents à lui expliquer les bienfaits du communisme a suscité à de nombreuses reprises le rire de la salle ; comme lorsque Anna, d’un ton pénétré, s’exclame après qu’on lui ait expliqué que le communisme était à la source de tous ces changements : « mais alors, c’est la faute à Fidel ?! » Cette réplique, à l’image d’autres, ne « passe » pas. De même, on ne mord pas à la dînette communiste et l’attendrissement de ces barbus caricaturaux devant l’innocence d’Anna alors qu’ils tentent de lui expliquer qu’on ne doit pas jouer à la marchande mais « troquer » pour rendre tout le monde heureux. Cette seconde partie reste malgré tout plus percutante que la première. Les explications et sermons perpétuels des parents à leur fille de neuf ans sonnent parfois creux, mais les réactions de la petite séduisent parce qu’elles sont très justes et bien observées.

On aurait aimé avoir l’éclairage de Julie Depardieu, mais celle-ci n’a fait qu’une apparition éclair avant la projection, s’éclipsant ensuite pour ne plus revenir, à la déception visible de plusieurs spectateurs. La faute à Fidel effleure en effet bon nombre de sujets sensibles et certains aspects en sont discutables. Dommage qu’on n’ait pas pu les discuter !

                                                                                                                                   Amicie, Judith et Clio

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Publié dans cdifff2007

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