Dimanche 25 mars 2007
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Roshdy Zem, Réalisateur et acteur et Pascal Elbé, Scénariste et acteur, au Festival.
Clara et Ismaël forment un jeune couple épanoui, cohabitant depuis maintenant quatre ans. Elle est juive, il est arabe ; il mène chacun leur vie et ne partagent que le meilleur de ce qu’ils sont. Professeur de musique, Ismaël n’a rien d’un décideur autoritaire ; psychomotricienne dans un hôpital, Clara a du caractère pour deux.
Lorsque le jeune ménage découvre que Clara est enceinte, c’est le plus beau jour de leur vie.
Rapidement, il décide d’officialiser leur union. Les difficultés commencent lorsqu’ il s’agit de faire les présentations. Clara, qui avait toujours cru ses parents juifs ouverts, découvre qu’ils sont loin d’être prêts à accepter un gendre arabe. Ismaël, quant à lui, supporte mal le mépris affiché de sa future belle famille.
Stupéfaire puis méfiante, Clara voit alors Ismaël ré-adopter certaines traditions musulmanes. Les choses tournent à l’aigre dans le couple : tandis qu’Ismaël s’obstine dans ses convictions religieuses, Clara les supporte de plus en plus mal. Séparations, portes qui claquent et pressions parentales brisent la cohabitation harmonieuse qui régnait jusque alors dans le couple. Tandis que Clara se réfugie chez ses parents, Ismaël rompt à son tour avec Milou, son meilleur ami, juif lui aussi. Le conflit palestinien, d’actualité, attise les sentiments de rancune et les exacerbe. Ismaël en vient à questionner ouvertement Clara sur leur réel désir à avoir cet enfant. C’était aller trop loin. Bouleversée, la jeune femme le quitte à nouveau et envisage l’avortement comme porte de secours. De son côté, Ismaël s’isole de plus en plus, se refusant toujours à avertir sa mère de l’existence de Clara ; jusqu’à ce qu’une conversation imprévue avec Milou lui ouvre (enfin) les yeux…
Amitié, amour, tendresse sont les clés de ce film : les relations parents-enfants, mari-femme, ami-ami se nouent et se dénouent au gré des pressions auxquelles sont soumises les personnages. La question reste : jusqu’à quel point la vie d’un individu doit-elle se construire sur les traditions et conseils d’autres ? A travers l’élément romantique, le film effleure en effet bon nombre de sujets sensibles. Ces problèmes, au cœur de notre société, sont plus d’actualité que jamais, et la foi n’est pas toujours centrale dans ce film. « Là, tu vois, tu confonds religion et tradition » assène Clara à Ismaël. Et peut être définit-elle ainsi tout ce dont traite le film. La religion, au premier abord au cœur de cette histoire, ne serait elle qu’un prétexte ? Judaïsme et islam s’opposent violemment sur fond de conflit politique ; mais pas une seule fois les personnages ne sont vus entrant ou sortant d’une synagogue, ou d’une mosquée. Ces lieux religieux sont même sujets à plaisanterie entre les deux amis ; la kipa de Milou suscite le rire des passants, des amis…et des spectateurs. Il en va de même pour une tentative de discussion théologique absurde et fondée sur un malentendu, dont les personnages rient par la suite.
Non, il semblerait plutôt que ce film s’attaque à des conflits sociaux plus généraux. Clara et Ismaël sont tour à tour confrontés à l’intolérance, au racisme, à l’avortement. Autant de thèmes, parfois tabous, qu’il est difficile d’ignorer aujourd’hui. La progression d’un antagonisme sourd dans le couple brutalement mis en face de ces problèmes détruit peu à peu leur harmonie…et leur amour ?
Loin d’être une simple comédie à l’eau de rose, Mauvaise Foi retrace le chemin semé d’embûche de deux « futurs parents », incapables de communiquer, fonçant droit dans les querelles. Des éléments minimes sont ainsi montés en épingle, et prennent une importance qu’ils n’auraient jamais eue autrement. On regrette peut être la facilité avec laquelle Clara et Ismaël se réconcilient, pour mieux se disputer le quart d’heure suivant, pour retomber ensuite dans les bras l’un de l’autre, bien que le charme de Cécile de France opère, comme toujours, d’un bout à l’autre du film. Humour, rires, larmes parfois sont au rendez vous ; certains cependant ont déploré une fin trop rapide, trop ambiguë. Réponse des scénaristes : une fin « tragique » était hors de question, « le happy end était souhaité » quoiqu’il arrive. On ne le regrette d’ailleurs pas ; mais on ne le comprend pas toujours.
Etant resté sur notre fin, nous avons voulu en savoir plus en interrogeant le public, et les réactions étaient extrêmement variées. L’antisémitisme dont traite le film n’est pas passé inaperçu « des répliques percutantes mais si j’avais été juif ou musulman, les dialogues m’auraient blessé » « J'ai vécu à Paris et je n’ai jamais ressenti de conflit entre juif et musulman ». Les réalisateurs ont parfois été taxés d’utopistes : « Ayant connu cette situation la fin ne me parait pas très réaliste » ; « Pour moi la fin était trop embellie. »
Les avis divergent donc. La fin en elle-même prête confusion. Faut il rire ? Pleurer ? Roshdy Zem, encore une fois, refuse les pleurs. Aux plus pessimistes de juger.
Amicie, Judith et Clio