Thalia, Amicie, Adonia, Georges Corraface, et Alexis
Rencontré au Festival, Georges Corraface a accepté de se déplacer au Lycée franco-hellénique pour rencontrer les élèves.
Né en décembre 1952 et ayant grandi à Paris, Georges Corraface n’en garde pas moins ses origines grecques. De l’école Nationale Supérieure des Arts et Techniques du Théâtre au conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique de Paris, il a su s’imposer aussi bien sur les planches de théâtre que devant la caméra, dans des productions françaises, grecques, mais aussi espagnoles, allemandes, italiennes. Il a pu donner la réplique à de nombreuses figures du cinéma français comme d’ailleurs ( Emma Thompson, Hugh Grant, Ewan Mc Grégor) … Récemment remarqué dans « Politiki kouzina » de Tassos Boulmétis, voici la rencontre et le parcours d’un homme et acteur extraordinaire :
Vous êtes né et avez grandi à Paris, mais vous êtes pourtant issu d’une famille grecque. Dans le cadre d’un lycée biculturel comme le nôtre ( grec et français), comment ressentez-vous cela ? Quels sont vos liens avec ces deux cultures ?
C’est-à-dire est-ce que je me sens plus grec ou plus français ? Je serais incapable de dire, je dois être quelque chose entre les deux. J’ai l’impression de n’être ni aussi grec que les Grecs, ni aussi français que les Français. En même temps aujourd’hui, il y a tellement de multiculturalité, même en Grèce. En France, que l’on sait un pays traditionnel avec des mélanges de population, l’immigration fait partie du quotidien que ce soit d’ordre politique, économique ou culturel. Les artistes –comme tout le monde, d’ailleurs – sont toujours venus à Paris pour profiter de cet état de grâce dans lequel la ville se trouvait culturellement. Paris a toujours su accepter, embrasser, rechercher les populations, contrairement peut-être à certains pays qui essayaient de rester « culturellement purs ». C’est pourquoi la France a tant de valeur à mes yeux. D’un autre côté, lorsque je vois la Grèce de nos jours, où on peut voir des Africains, des Asiatiques, des habitants des pays voisins, et que je la compare à celle que je connaissais lorsque j’étais petit, je trouve ça extraordinaire, ça me touche énormément. Je dirais donc plutôt que je fais partie de cette classe de gens qui sont dans un pays, mais qui viennent un peu d’ailleurs. C’est d’ailleurs le cas , je crois, de plus en plus de personnes dans ce monde.
Vous avez eu l’occasion de jouer en grec, en français, en espagnol, en anglais et j’en passe, vous avez côtoyé des renommées du cinéma international… Si vous deviez faire un point sur votre carrière, qu’en retiendriez-vous ?
Si je devais faire le point ? Un point-virgule plutôt j’espère ! (rires). J’en retiendrais beaucoup de chance. C’est vrai que le fait d’être imprégné de plusieurs cultures m’a marqué au début, j’étais un peu marginal en France mais c’est finalement ce qui m’a poussé à essayer de m’ouvrir à d’autres possibilités, c’est pourquoi je me suis très vite intéressé au cinéma américain, espagnol, m’a fait accepter des films en Allemagne, en Italie, justement parce-que je n’avais pas été « absorbé » par le cinéma français dès le début. Comment dire… Je ne me sentais pas quelqu’un de représentatif de la France, mais ce que je considérais comme un handicap, m’a finalement obligé à trouver d’autres solutions, et ça a été ma chance. C’était une énorme ouverture. Etre comédien me permet de voyager, de satisfaire un besoin très profond que j’avais : voir le monde. Et pas seulement de jouer un personnage. Quand on joue un flic, on fait des recherches, on rentre dans ce qu’est vraiment la police, on leur pose des questions, on passe du temps avec eux ; de même, quand on joue un ébéniste, il faut commencer à travailler le bois… Le cinéma m’a apporté des opportunités de rentrer non seulement dans le personnage, mais dans des milieux, parfois même des époques.
En tant qu’acteur, est-ce que vous avez des critères particuliers dans la sélection des films dans lesquels vous voulez jouer ?
Le 1er critère, c’est avant tout l’histoire, le scénario. Bien sûr, sans oublier que le scénario c’est quelque chose d’écrit, un peu plus explicatif que ce que sera le film lui-même. Je pense qu’il faut d’abord être touché par l’histoire lue dans le scénario, mais aussi être touchée par le réalisateur lui-même, sa conception , la façon dont il envisage de traiter l’histoire, la façon dont il vous parle de votre rôle. Je pense que c’est capital avant de s’embarquer dans un projet. Ensuite, si tel ou tel acteur est également embarqué dans le film, avec lesquels je vais être amené à avoir des échanges, qui vont demander le meilleur de moi et réciproquement, je pense que c’est un élément qui a également son importance.
Qu’est-ce qui vous a poussé à passer des planches au cinéma ?
C’est vrai que le théâtre, à l’origine, m’est un peu tombé dessus, je n’y pensais pas mais ça m’a complètement séduit. Même au niveau physique, dans le lieu même du théâtre, ses coulisses, ses odeurs, c’est toute une vraie magie qui existe, même sur scène. J’ai vraiment été embarqué dans le théâtre jusqu’au moment où je me suis intéressé au cinéma. Si je me souviens bien, c’est en découvrant les films de John Cassavettes, extrêmement libre, avec une énergie qui provenait et des acteurs et des réalisateurs : c’était incroyable. Et c’est à ce moment là que l’acteur en moi s’est dit « Ah ! je veux faire des films comme ça ! » c’est de là, je pense, que s’est faite l’amorce et d’où j’ai tiré mon inspiration. Je me suis donc lancé dans le cinéma et la télévision tout en continuant à faire du théâtre. Et à partir d’un moment, il y a eu une sorte de déclic, les directeurs de casting ont commencé à entendre parler de moi…
Mais je pense que ce qui a véritablement lancé ma carrière est dû justement à un film que je n’ai pas fait ! (rires.) A l’époque, David Lynch recherchait un comédien qui corresponde à son rôle, et j’avais été repéré justement alors que je jouais au théâtre, dirigé par Peter Brooks. Les essais avaient été concluants, mais finalement la production a été confiée à Steven Spielberg et le film a traîné, traîné…
Ca a suffi pourtant me faire acquérir une certaine notoriété, puisque pendant ce temps, le bruit courait que David Lynch avait trouvé un certain Georges Corraface…
Finalement donc, je me suis retrouvé à jouer Christophe Colomb, avec des figures mythiques comme Marlon Brando, Benicio Del Toro, Catherine Zeta-Jones. A partir de là, les choses ont commencé à bouger niveau cinéma, et j’ai eu l’occasion de jouer des films moins commerciaux, avec plus d’âme, quoi.
Par rapport au festival du film francophone, est-ce que vous avez eu l’occasion de voir certains films proposés cette année ?
Oui, certains ! J’ai vu « la Môme » qui a fait l’ouverture du festival, j’ai vu « Ecoute le temps » d’Alanté Kavaïté, mais j’ai dû repartir pour présenter un film à Thessalonique, très intéressant d’ailleurs !
Mais sinon, j’avais déjà vu d’autres films avant de venir, comme « Ne le dis à personne » , ou bien « Prête-moi ta main », j’avais aussi vu « je vais bien ne t’en fais pas ».
Par rapport au festival de Thessalonique, que pensez vous de celui d’Athènes ?
Et bien, c’est différent. Thessalonique est un festival international avec beaucoup d’activités parallèles : des films, beaucoup de sections différentes ; des expositions, des concerts, des tables rondes, des « masterclass », il y a un marché du film, un forum de coproduction, un forum de pitchs de scénario, c’est un festival très multiforme, très complet.
Le festival du film francophone d’Athènes a des sections intéressantes, lui aussi, notamment des sections d’hommage. Il réunit ce que la francophonie apporte de mieux : il est très intéressant de constater qu’il y a une politique de défense de la culture française, à travers son installation cinéma, à travers sa philosophie du cinéma, philosophie qui fait que beaucoup de films sont produits, une bonne soixantaine, en France mais qui aide aussi à produire des films dans les pays de la francophonie.
Vous êtes depuis 2 ans déjà président du festival de Thessalonique, quelle est exactement votre rôle au sein de cette organisation ?
Déjà, ce n’est certainement pas l’organisation ! ( rires), L’organisation est déléguée à une directrice qui y est jusqu’au cou ! Moi je suis plutôt une sorte d’ambassadeur du festival, du côté artistique du festival, c’est-à-dire qu’on échange beaucoup, on parle beaucoup des masterclass, de ce qui serait intéressant comme activités parallèles…
Le festival de Thessalonique a énormément d’activités tout au long de l’année, comme le festival du documentaire, il y a des tributs tout au long de l’année à des cinéastes, à des pays, festivals du vidéodance, des films d’étudiant… c’est tout un tas d’activités culturelles liées au cinéma, il est très difficile, donc de comparer les deux festivals d’ampleur différente.
Adonia et Amicie